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Lâcher prise, c’est vivre, Solène Revol

Anorexie. Ce mot est souvent utilisé, et fait régulièrement l’objet d’ouvrages, émissions, témoignages… Il fait peur, c’est un sujet tabou, et pourtant de nombreux adolescents en souffrent. Que se passe-t-il dans leur tête ? Pourquoi vouloir être de plus en plus maigre alors que sa vie est menacée ? Solène Revol nous livre ici son long parcours, depuis les prémices de la maladie jusqu’à la fin de son hospitalisation, et répond à cette éternelle question : pourquoi ? Solène Revol est étudiante, après des années de perfectionnisme, de surinvestissement scolaire et social, à vouloir toujours être aimée de tous, avec au fond un énorme manque de confiance en elle, Solène développe une anorexie mentale. Après un long combat contre la maladie, elle a décidé de lâcher prise et de vivre.

Je lis rarement des témoignages de personnes anorexiques car j’ai lu beaucoup (des textes ou livres souvent plutôt explicatifs) sur ce thème il y a quelques années, à un moment où je travaillais sur les troubles du comportement alimentaire pour les cours. J’avais eu besoin de faire une sorte de pause, lire sur sujet étant souvent éprouvant, surtout pour les personnes dont la nourriture n’est pas la meilleure amie. Ce genre de témoignage peut aussi chez ces personnes engendrer un besoin malsain de « compétition » qui peut être difficile à comprendre pour qui n’est pas touché.

La compétition est évoquée dans ce livre, sous plusieurs formes. Solène commence à se comparer à une amie, ce qui est le déclenchement de certaines pensées en elles. Par la suite, elles se comparera aux autres filles de l’école, aux filles dans les pubs à la tv, aux autres malades de l’hôpital. C’est vraiment l’occasion de voir s’enchaîner des pensées souvent sans fondement, torturées, obsédantes et de lier ça à de la dysmorphophobie (quand on ne se voit pas tel qu’on est réellement). On évoque souvent l’omniprésence de la minceur dans les médias comme cause principale de l’anorexie. Lire le témoignage de Solène, c’est se rendre compte que ce genre de pensée se trouve en fait partout, jusque dans ce que les proches non malades font.

C’est aussi l’occasion de rattacher ça au profil typique des personnes concernées par l’anorexie, des personnes (souvent des filles) obsédées par la perfection. J’ai envie de dire à toutes les personnes qui répètent qu’elles ne peuvent pas comprendre et qui sont à la limite de dire qu’il faudrait gaver les malades que si cette pathologie touche les personnes ayant un profil type, ce n’est pas anodin. Et c’est le cas pour beaucoup de maladies mentales. L’anorexie, c’est un genre de mécanisme de défense. Un moyen de garder le contrôle, un moyen de rester une petite fille, un moyen de s’enfermer dans une prison pour se protéger du monde extérieur qui est lui en perpétuel changement.

Le témoignage de Solène est authentique, écrit simplement. Il s’agit des vrais mots d’une adolescente et j’ai particulièrement apprécié la manière dont ses pensées les plus destructrices étaient imprimées en gras, comme pour montrer l’insistance de ce démon et expliquer pourquoi s’en sortir est si difficile et replonger si facile.

Ce livre est un mélange de simplicité par sa forme et de complexité par son fond. Je n’ai pas lu beaucoup de témoignages, mais je pense que beaucoup sont des témoignages de parents ou bien des témoignages écrits rétrospectivement. Ici, on est vraiment au cœur du début de la maladie, de son développement. Dans la tête de Solène. C’est ça qui me fait dire que ce livre mérite d’être lu par ceux qui ne comprennent pas, par les jeunes, par ceux qui ont constaté qu’ils avaient peut-être un problème avec la nourriture, bref par tout un tas de personnes. Et une dernière petite note sur le titre : il résume vraiment tout.

Lâcher prise, c’est vivre, Solène Revol, Publishroom (17€)