Timide, Sarah Morant

Sarah Morant - Timide.Discrète, discrète, discrète… Parce que c’est tellement plus facile de fuir le jugement des gens plutôt que de l’affronter en face. Réservée, réservée, réservée… Parce qu’elle se sent tellement mieux en faisant comme si rien ne c’était passé. Aimée, aimée, aimée… Parce qu’il va entrer dans sa vie, et tout bouleverser tel un jeu de quilles… Une fille timide peut cacher tellement plus. Il faut juste qu’une personne prenne la peine de le découvrir.

J’avais à peine commencé ma lecture que déjà un élément me refroidissait : le style du roman. Il est composé d’une succession de phrases très courtes et jamais subordonnées entre elles, et pour avoir tenu bon jusqu’à la fin je peux confirmer que la quasi totalité du livre décrit des échanges de regards et de câlins. Suis-je la seule à trouver étrange qu’à 17 ans Elie passe son temps à serrer dans ses bras ses amis ? Des amis qui lui courent après, qui plus est. Il y a prolifération de contacts physiques et je passerai peut-être pour une obsédée sexuelle en disant ça mais je suis étonnée que ça n’ait pas dégénéré avec les hormones, tout ça tout ça. En fait, son espèce de double-jeu qui se voulait innocent m’a mise mal à l’aise et m’a semblé incohérent.

Tout aussi incohérent que le contraste entre le postulat de départ du livre (Elie est timide, on la rejette à l’école, elle n’a pas confiance en elle, etc.) et l’attitude des garçons à son égard (ils lui courent après). Honnêtement, quand on est la pestiférée de l’école, non, on a pas un sex-appeal très développé. C’est de nouveau le scénario de l’éternel fantasme de la fille timide qui intéresse soudainement un ou deux beaux garçons, et je n’ai rien contre ce type de récit et je comprends qu’on puisse avoir envie de lire ça.

Là où le bât blesse, c’est que l’attirance de ces deux garçons pour Elie est LA chose qui lui fait sortir la tête de l’eau et reprendre confiance en elle ! Et ça, j’en ai vraiment marre. J’aime les héroïnes ayant des failles, j’aime les belles histoires d’amour littéraires… Mais le scénario du prince sauvant sa princesse, j’en peux vraiment plus. Dans le cas de Timide, il n’y a pas que Jason et Tyler, mais toute une constellation de personnages masculins gravitant autour d’Elie (son père et son frère particulièrement) qui devient ainsi une espèce de figure maternelle pour tout le monde ! Et la féministe en moi gronde.

C’est à force de lire ce type de scénarios à répétition que j’ai tendance à montrer les dents dès que je détecte du sexisme dans les livres. Je pense que c’est particulièrement important dans les livres pour enfants et adolescents de préserver les jeunes de tels clichés. Cependant, je peux aussi comprendre qu’on lise ce livre pour se détendre et je vais donc maintenant me concentrer sur d’autres aspects du roman.

Niveau scénario, on assiste à un triangle amoureux classique, dont on se doute rapidement de l’issue. Les points de vue d’Elie, Jason et Tyler alternent, ce qui est une bonne idée à la base mais part vite en cacahuète étant donné que celui d’Elie est à la première personne du singulier et les autres à la troisième. Il y a également des changements de points de vue au sein-même des chapitres qui portent le nom du personnage dont on suit les actions et pensées (parfois involontaires je pense, notamment quand le narrateur devient subitement omniscient en plein milieu d’un paragraphe), j’ai fini par m’y perdre. Le seul personnage à m’avoir touchée est Kyle, le petit frère d’Elie. Mis à part lui, je n’ai pas réussi à m’attacher à un personnage en particulier. J’ai également trouvé incongru que le livre se déroule dans un environnement anglophone, plus particulièrement aux USA, et plusieurs détails m’ont fait tiquer à ce sujet au cours de ma lecture.

Vous l’aurez compris, Timide n’est pas une réussite pour moi. Quand je me relis, on dirait que je trouve que vraiment tout est à jeter mais ce n’est pas le cas, c’est tout simplement que je m’attendais à une héroïne attachante avec qui j’aurais partagé la timidité et un véritable cheminement psychologique. Finalement, je me suis retrouvée face à un triangle amoureux, un élément que je ne peux plus voir en peinture. Je vous invite cependant à lire des extraits du livre sur Lecture Academy pour vous faire votre propre idée si le livre vous attirait à la base, et j’espère aussi pour la toute jeune Sarah Morant qu’elle pourra poursuivre son rêve d’écrivain et faire une belle carrière. :-)

Mon ressenti : 4/10

Timide, Sarah Morant, éditions Hachette (16,90€)

The November Criminals, Sam Munson

The November CriminalsQui je suis ? Addison Schacht, 18 ans. Je deale un peu d’herbe, mais bon, à mon échelle, rien de bien méchant. Je ne glande rien au lycée, mais à mon niveau, ça n’a rien d’étonnant. De toute façon, ce qui vous intéresse, c’est ce qui s’est passé.

Tout a commencé le jour où Kevin Broadus, un type du lycée, a été abattu. Le jour où, parce que tout le monde s’en foutait, j’ai décidé d’enquêter, avec Pelle, ma pote « et plus si affinités ».

Après, si vous voulez connaître la suite, il va falloir vous accrocher…

Sous ce titre mystérieux (dont on ne découvre la signification qu’à la toute fin du livre) se cache un livre déroutant.

Autant le dire tout de suite : oui, j’ai aimé. Mais est-ce que je vous le conseille ? Je ne suis pas sûre de pouvoir clairement répondre oui ou non. Je ne sais pas si je peux dire que je n’avais rien lu de pareil, j’ai déjà lu des livres qui ont eu le même effet sur moi (je pense notamment au Monde de Charlie) mais je ne sais pas si c’est comparable.

En fait quand j’y réfléchis, ce qui fait la particularité du livre c’est son narrateur, sa manière de parler, son cynisme, son regard sur le monde qui l’entoure, son arrogance et son sens de la justice.

Le résumé du livre est en quelque sorte menteur. Je ne peux pas vous dire pourquoi sans spoiler. Et pourtant il est aussi très vrai : en citant directement Addison, en voyant les choses de son point de vue, en utilisant ce style à la limite de la prétention, on ne peut qu’avoir une idée précise de ce qu’on va lire et il ne pouvait y avoir de quatrième de couverture plus adéquate.

Est-ce que j’ai aimé le narrateur ? Oui. Est-ce que vous allez l’aimer ? Je n’en suis pas certaine. Ce que je vous conseille, c’est d’aller lire un extrait sur Lecture-Academy et vous saurez tout de suite si ça passe ou ça casse. Si vous aimez les premières pages du bouquin, n’hésitez pas une seule seconde.

Je suis assez perturbée par cette lecture, le dernier chapitre est particulièrement spécial. Je ne sais pas si on peut qualifier le livre de choquant mais on en ressort avec une impression étrange qui n’est pas pour me déplaire.

Si le roman peut ressembler de loin à un roman policier, il n’en est rien et sa force principale est sa narration, quelque chose que j’apprécie dans les romans. Pour conclure cette chronique, une citation qui m’a particulièrement plu :

« On s’assoit tous en public pour corriger nos manuscrits imparfaits en espérant que Dieu nous regarde comme un spectateur, faisant de nous des artistes. »

The November Criminals, Sam Munson, éditions Hachette (18€)

Juliette à Québec, Rose-Line Brasset

Rose-Line Brasset - Juliette  : Juliette à Québec.En février, Juliette est très heureuse de rester à Québec où elle vit, afin de profiter des festivités du Carnaval avec Gina et Gino, ses meilleurs amis. Hélas, sa mère est hospitalisée d’urgence à la suite d’un malaise. Heureusement, la maman de Gina accueille Juliette chez elle. Les deux amies se réjouissent de vivre comme des sœurs !

Lorsqu’elles remarquent le comportement étrange de Youssef, un nouveau venu à l’école, elles décident de mener leur enquête avec l’aide de Gino. Quelle découverte surprenante attend les détectives improvisés ?

Nouvelle escapade en compagnie de Juliette et sa maman ! Quoique…

Pour ce qui est de l’escapade, on repassera, même si elles nous font voyager à Québec, exotique pour nous petits européens, ce ne sont pas des vacances pour elles qui… habitent là ! Et pour ce qui est de la maman de Juliette, et bien, pour une fois, un événement va l’empêcher d’être auprès de sa pitchounette, comme elle l’appelle.

Ces deux changements en entraînent d’autres. J’ai bien aimé le fait que Juliette passe plus de temps avec Gino et Gina, ainsi que voir comment sa vie chez elle se passe quand elle n’est pas en vadrouille avec sa maman. J’ai trouvé touchant sa difficulté à lui dire « je t’aime », par exemple.

Au début je trouvais le livre plus descriptif que d’habitude et moins scénarisé, j’ai eu l’impression que l’auteur cherchait à donner le plus de détails possibles par enthousiasme pour sa ville natale, mais je pense que c’est essentiellement ressenti par un lecteur plus âgé. Ensuite,  les rebondissements s’enchaînent et il y a une véritable trame plutôt originale.

Le thème des préjugés est particulièrement d’actualité en ce moment (Trump, vous avez dit Trump ?) et la manière dont il est abordé dans ce livre est intéressante, car on expose clairement le point de vue de certains (dont des adultes) à ce sujet et il est démonté par d’autres. Juliette est elle aussi à la base pleine de préjugés, et le fait que ça soit l’héroïne du livre qui pense de cette façon est une bonne chose, car  soit les enfants se reconnaissent là-dedans et peuvent après réfléchir à la justesse  de leur jugement, soit ils peuvent se sentir directement en désaccord avec ce qu’elle exprime !

Un très bon voyage en somme, avec de bonnes pistes de réflexions pour les enfants, qui en plus de voyageurs éclairés peuvent devenir des personnes sensées et ouvertes. :-)

(Petit rappel : lors de la Foire du Livre de Bruxelles 2016, j’ai interviewé Rose-Line Brasset et Marie Potvin ! Cliquez ici pour découvrir le compte-rendu de la rencontre.)

Mon ressenti : 8/10

Juliette à Québec, Rose-Line Brasset, éditions Kennes (12,90€)

Ninn, tome 2 : Les Grands Lointains, Darlot & Pilet

Jean-Michel Darlot et Johan Pilet - Ninn Tome 2 : Les grands lointains.Les quais du métro Abbesses fleurissent d’avis de recherche : Ninn a disparu ! Si pour la police il est trop tôt pour s’inquiéter, pour Chad et Ulrika, ses deux meilleurs amis, il n’y a pas de temps à perdre : Ninn est en danger ! La jeune adolescente ayant évoqué son projet d’explorer les tunnels du métro, c’est en sous-sol qu’ils vont tenter de retrouver sa trace… Tout au bout de la ligne noire, perchée sur son tigre qui lui sert de guide, Ninn a rejoint les grands lointains : un monde parallèle censé lui fournir toutes les réponses sur ses origines.

Si à première vue, il a toutes les apparences d’un monde merveilleux, le comité d’accueil l’est beaucoup moins. Géants de pierre et idées sombres entendent protéger les lieux de toute intrusion…

Un scénario toujours aussi poétique, un dessin toujours aussi soigné… C’est avec beaucoup de plaisir que je me suis plongée à nouveau dans cette très belle BD.

L’univers de Ninn me fait penser en un sens à celui d’Alice au pays des merveilles. C’est beau, mais on a peur. Peur de toutes ces choses oniriques, peur d’être dans un univers parallèle au nôtre… C’est toujours quelque chose qui m’a déroutée dans les livres, et pourtant j’adore sentir le sol se dérober sous mes pieds comme ça ! Un peu à la manière de ces escaliers qui bougent dans la tour du fanal, les cases se retrouvant sans-dessus dessous. C’est l’un des détails de l’histoire qui m’a plu, j’adore le soin apporté à l’élaboration des Grands Lointains.

J’ai également encore une fois été charmée par le personnage principal. Et j’ai eu un petit coup de cœur pour le tigre. :-)

Même si je ne me rappelais vraiment que la base du premier tome, je n’ai pas eu trop de difficultés à m’immerger à nouveau dans l’histoire. Je vous conseille vraiment cette série, dont le premier tome a reçu de nombreux prix. Et je ne doute pas que ce serait le cas pour la suite. :-)

Mon ressenti : 8/10

Ninn, tome 2 : Les Grands Lointains, Darlot & Pilet, éditions Kennes (14,95€)

Sweet, Emmy Laybourne


sweet
Bienvenue à bord de l’Extravagance, la croisière de luxe où tout est possible, y compris se sculpter un corps idéal !

En avant-première exclusive, découvrez le SOLU, le solution miracle à tous vos complexes.

Il n’y a rien de plus doux que de fondre en se faisant plaisir.

Effet garanti : on se battrait pour y goûter !*

* Attention : la compagnie ne pourra être tenue pour responsable en cas de dépendance ou d’effets secondaires éventuels…

 »Il n’y a pas que vos complexes qui vont fondre », en voilà une phrase d’accroche. Pour m’accrocher moi, en tout cas, c’est gagné ! Vous l’avez peut-être compris en me lisant régulièrement, tout ce qui est perception de son corps, confiance en soi, etc. ça m’interpelle beaucoup. Du coup, Sweet m’a d’emblée attirée, de par les problématiques que le roman aborde.

Divisé en 7 jours, les 7 jours que dure la croisière destinée à faire maigrir de riches américains, le roman se lit rapidement et de manière fluide. Les premiers jours sont plutôt calmes et donnent l’impression d’être devant sa tv en train de regarder une téléréalité, si ce n’est que deux personnages (les deux narrateurs) nagent à contre-courant de cet univers de paillettes : Lauren, accompagnant son amie Vivika, et Tom, qui couvre l’événement médiatiquement. Chacun d’eux refuse de consommer le Solu, cet édulcorant miraculeux qui permet de manger tout en maigrissant.

Rapidement, j’ai été perturbée par le fait que Viv et Lauren soient décrites comme faisant du 46 alors que ce n’est obviously pas le cas vu qu’en perdant 5 kilos Viv flotte dans une robe taille 38. Il y a des incohérences de ce type-là. Sans compter le fait que des célébrités rondes jouant de leur physique pour se faire connaître ça ne court (malheureusement, en un sens) pas les rues et au final on ne sait plus très bien qui vient sur la croisière pour maigrir ou pour se faire remarquer. Cependant, cela pourrait coller avec la perception souvent faussée qu’on a de soi ou bien le diktat de la minceur extrême (puisque dès qu’une célébrité prend un tout petit peu du ventre on la fustige sur les réseaux sociaux et dans les magazines people).

Ensuite, je ne m’attendais pas à ce que le livre tourne au livre d’action. Je m’y suis un peu perdue mais j’ai aimé ce qu’il y avait en jeu, malgré des failles dans le scénario (SPOILER : surtout à la fin avec l’interview d’Almstead – FIN DU SPOILER).

Le livre adopte aussi un langage résolument jeune, ce dont je ne suis pas trop fan (notamment de l’utilisation répétée de l’expression « partir en live« ). Il y a des termes que je n’ai carrément pas compris (qu’est-ce que le verbe « bananer » ? Est-ce qu’à 20 ans on est déjà trop vieux pour comprendre ce langage ? :p)

En résumé, j’ai trouvé ce roman superficiel sur beaucoup d’aspects tels que le scénario ou l’écriture. Cependant, Sweet aborde des thèmes important et la confiance que Lauren a en elle-même est inspirante pour les jeunes lecteurs. Du coup, j’ai quand même passé un bon moment de lecture avec quelques frissons à la fin. L’auteur propose à la fin de se rendre sur son site afin de lire des articles qu’elle a trouvé intéressants, preuve qu’elle est impliquée dans le sujet du poids et de la perception de soi. Finalement, je verrais bien une série basée sur ce roman. Et j’ai beaucoup « aimé » la dernière phrase du roman.

Mon ressenti : 6,75/10 (comment ça j’abuse avec mes décimales ?)

Sweet, Emmy Laybourne, éditions Hachette roman (15,90€)